Le figaro - jeudi 21 juin 2007
Au Brésil, George Soros affiche sa soif d'éthanol
J e suis un spéculateur de l'éthanol et je le dis même si le mot est péjoratif au Brésil. » L'investisseur américain d'origine hongroise George Soros, qui a engagé 900 millions de dollars dans la production du biocarburant au Brésil, s'est servi, hier , à l'occasion d'un séminaire consacré à l'engouement de l'éthanol, de cette provocation pour illustrer un sentiment d'euphorie répandu dans les milieux d'affaires brésiliens. Les investissements nationaux et étrangers s'élèvent aujourd'hui à 17 milliards de dollars même si, pour l'heure, il n'y a toujours pas de débouchés sur le marché international pour le biocarburant brésilien, dont la production devrait néanmoins progresser de 71 % en cinq ans.
Canne à sucre. Le Brésil est le premier pays à avoir introduit, il y a déjà trente ans, une alternative à l'essence. Et hier, George Soros ne s'est pas fait prier pour dénoncer les « obstacles » à la création d'un marché mondial de l'éthanol, comme le protectionnisme des Etats-unis, de l'Europe et du Japon. Récemment converti au problème du réchauffement climatique, le milliardaire ne s'est pas non plus privé de critiquer les Etats-unis, premier pollueur mondial mais dernier pays à avoir pris conscience des enjeux. « Depuis les attentats du 11 septembre, la crise de l'énergie s'est aggravée [dans le monde, ndlr], a-t-il estimé. Nous dépendons de sources d'énergie provenant de pays politiquement instables ou bien auxquels on ne peut pas faire confiance. L'Europe dépend par exemple excessivement du gaz russe. Celle-ci doit donc trouver des alternatives. » Et la meilleure, pour lui, s'appelle l'éthanol brésilien, grâce notamment aux qualités énergétiques de la canne à sucre duquel il est tiré. Son prix de revient est également le plus bas du monde. Pourtant, même si l'éthanol américain, tiré du maïs, n'est pas aussi performant, a rappelé Soros, cela n'empêche pas les Etats-unis, déjà premier producteur mondial, d'accroître leur production.
« Planifié ». Chef de l'unité de politiques pour le transport et l'énergie, du programme des Nations unies pour l'environnement, Martina Otto a souhaité calmer les ardeurs des partisans de l'éthanol. Hier, elle a appelé à un développement « planifié » de ces biocarburants dans le monde, « afin d'éviter de mettre en péril les cultures alimentaires ou bien la biodiversité » . Au Brésil, de tels risques n'existeraient pas, ont insisté les producteurs et les autorités nationales. Le pays disposerait suffisamment de terre pour que la culture de la canne s'étende sans porter atteinte à la forêt amazonienne. Aux Etats-Unis, en revanche, les craintes commencent à se manifester à la vue de la substitution de plus en plus rapide de la culture du maïs destinée à l'agroalimentaire par celui qui sert pour l'éthanol. Optimiste, Ken McCauley, président de l'association américaine de producteurs de maïs, a estimé que les gains de productivité grâce aux avancées technologiques devraient les dissiper. « Le maïs ne manquera pas, même s'il faudra le payer un peu plus cher », a-t-il répondu.