Brésil : la face cachée de l'éthanol dans les cannaies Actualidad News Actualidade
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AFP - mercredi 11 juin 2008

Brésil : la face cachée de l'éthanol dans les cannaies

SERTAOZINHO (Brésil) - "Ce n'est pas un travail humain", soupire Caio Ribeiro, un ancien coupeur de canne à sucre, plaignant les hommes et les femmes qui travaillent d'arrache-pied dans les cannaies de l'Etat de Sao Paulo.

Caio Ribeiro, 38 ans, est considéré comme un "survivant" par les coupeurs de cannes à sucre de Sertaozinho, une petite localité de la région de Ribeirao Preto, le principal pôle de production de sucre de l'Etat de Sao Paulo.

Il y a trois ans, Caio Ribeiro s'est évanoui au beau milieu de la plantation où il travaillait. Souffrant de graves problèmes physiques provoqués par ce métier, il a dû jeter l'éponge.

"C'est un travail de machine. Il faut qu'ils mécanisent tout, sinon beaucoup de gens vont mourir", affirme-t-il à l'AFP.

Les conditions de travail dramatiques qui perdurent dans les cannaies brésiliennes constituent le revers de la médaille de l'éthanol, un biocarburant dont le Brésil s'est fait une spécialité et qu'il s'efforce de vendre comme la meilleure alternative aux combustibles fossiles.

Selon les syndicats du secteur, une vingtaine de coupeurs de canne à sucre sont morts depuis 2004.

Syndicats et ONG dénoncent des conditions de travail inhumaines, proches de l'esclavage. L'Union européenne (UE) réfléchit actuellement aux moyens d'instaurer une sorte de contrôle qui permettrait de ne pas acheter l'éthanol produit dans ces conditions.

Reconnaissant que le travail des coupeurs de canne est "très dur", le gouvernement brésilien se propose de favoriser la mécanisation. Unica, l'association des producteurs brésiliens de canne à sucre, affirme être en train d'éliminer progressivement la récolte manuelle dans les plantations qui devrait disparaître totalement en 2017.

Selon une étude de l'université de Piracicaba, dans l'Etat de Sao Paulo, un coupeur de canne fait tous les jours un effort physique équivalant à courir un marathon.

Munis de bottes, de gants et de chapeaux, ils coupent les cannes à sucre à coups de machettes, dans des plantations infestées de serpents venimeux. Chaque travailleur coupe en moyenne neuf tonnes de canne par jour.

La journée de travail est passée récemment de douze à sept heures trente, plus une heure de repos et le salaire mensuel est évalué par l'Unica à environ 1.000 reals (610 dollars).

Cependant, d'après le président du syndicat du secteur, Wilson Rodrigues, le salaire moyen d'un coupeur de canne est en réalité de 780 reals (480 dollars). "C'est un salaire de misère", se plaint-il.

Malgré ce travail exténuant, des milliers de jeunes arrivent tous les jours des Etats pauvres du Nord-Est du Brésil pour participer à la récolte de la canne à sucre, qui a lieu entre avril et novembre.

Environ 60.000 personnes travaillent dans les cannaies de Ribeirao Preto, sur un total de 190.000 dans l'Etat de Sao Paulo. "Près de 70% sont des immigrants, majoritairement originaires du Maranhao", affirme M. Rodrigues, 43 ans, lui-même ancien coupeur de canne à sucre.

"Il n'y a pas de travail là-bas", explique Jose Silva, 24 ans, en attendant le bus qui l'emmènera à la plantation.

"Ici, nous gagnons en sept mois ce qu'il nous faut pour toute l'année", renchérit Francisco dos Santos, 29 ans. "Je gagne presque 800 reals (un peu moins de 500 dollars) par mois et je paie 60 reals pour le logement".

La majorité de ces logements consiste en une pièce unique, sans lits, toilettes ni douche, où une vingtaine de personnes s'entassent sur des matelas à même le sol.