" Il y a trois mois encore, le kilogramme du sucre en poudre valait 400 Fcfa. Jusqu'au début de la semaine dernière (semaine du 03 juillet Ndlr), on me le livrait à 500 Fcfa. En fin de cette même semaine, il a encore augmenté de 50 F pour se retrouver aujourd'hui à 550 Fcfa ".
Mor Ngueye, restaurateur sénégalais connu du côté de la rue des Ecoles à Akwa, est inquiet. L'inflation qui touche le sucre ne peut pas le rassurer. Il est un grand consommateur de sucre en poudre qu'il propose aux clients, adeptes du lait caillé : " J'utilise au moins 5 kilogrammes de sucre en poudre rien que pour le lait. Si on y ajoute la fabrication des jus ". Le propriétaire de " La Terranga " n'est malheureusement pas le seul à se poser des questions quant à la hausse du prix du sucre.
A New-Bell, Mélanie qui tient une boutique non loin de la station de service Shell se demande jusqu'où les prix vont grimper : " Depuis deux ans, je vends indifféremment du Nosuca et du Sumocam. Il y a des clients qui n'aiment que l'un ou l'autre produit. Mais les dernières flambées enregistrées depuis quelques semaines sont très embêtantes. Nous qui vendons en détail des morceaux de sucre, risquons de tout laisser tomber. Jusqu'à maintenant, nous continuons de proposer trois morceaux à 10 Fcfa. Si on tente de vendre deux pierres à 10 Fcfa, personne ne comprendra ". Effectivement, le sucre en morceaux a lui aussi subi une forte hausse de prix au kilogramme : " Le carton de 25 kilogrammes est passé de 13.800 Fcfa à 15.000 Fcfa pour Nosuca et 14.000 Fcfa à 15.500 Fcfa pour Sumocam. Ce qui est trop cher. D'ailleurs, depuis un mois, j'ai abandonné la vente de produit Sumocam que les clients réclament de moins en moins ", confie pour sa part Ouri qui gère une boutique lui aussi à Akwa et qui vend le kilo de sucre en morceaux Nosuca à 650 Fcfa. D'autant plus que le sucre brésilien est lui aussi introuvable. Le Brésil, depuis le début de l'année 2006, a décidé d'organiser la pénurie au niveau mondial, lui qui détient près de 2/3 de la production de la planète.
Zortea, un autre commerçant, propose le paquet d'un kilo de sucre Sumocam à 700 Fcfa. " Nous sommes habitués à voir le prix du sucre monter puis redescendre. C'est un produit qui fait le yoyo en permanence. Mais cette fois, la situation semble plus sérieuse ", analyse-t-il. Le sucre, un des produits les plus consommés par les Camerounais au même titre que la bière ou le manioc, est aussi l'un des plus chers. Pour comprendre ce paradoxe, il faut faire une incursion dans la bataille que se livrent depuis au moins trois ans déjà, l'unité de production Sosucam-Camsuco et les deux unités de transformation Nosuca-Sumocam. Sosucam est actuellement le seul à commercialiser le sucre en sacs alors que Nosuca-Sumocam le commercialisent uniquement en morceaux. Du coup les différentes unités sont devenues concurrentes au lieu d'être complémentaires. Une situation qui est même franchement proche de l'animosité depuis 2003. Cette année-là, l'actionnaire majoritaire de Nosuca, Aladji Abbo Mo hamadou Ousmanou a pris ses distances de la concentration horizontale préexistante qui a fait travailler de concert le groupe Somdiaa, propriétaire de Sosucam et Camsuco, et Nosuca. Une indépendance que M. Villegrain, patron de Somdiaa, n'a pas vu d'un bon oeil. C'est pourquoi, en fonction de l'intérêt de chacune des entreprises et de chacun des patrons, le sucre devient l'objet de toutes les menaces, voire une arme dont les consommateurs risquent d'être les seules victimes.
Congé technique illimité chez Nosuca
Depuis le 3 juillet 2006, les 150 salariés de l'entreprise sont en congé technique officiellement pour " rupture de stocks de sucre ". De plus, ce congé est dit " illimité ". Mais, il y a quelques jours, une vingtaine de salariés ont été rappelés pour faciliter la livraison du stock de sucre en morceaux disponible. Il va de soi que l'immense majorité des salariés de Nosuca sont inquiets quant à leur avenir. D'autant plus qu'il y a deux mois déjà, des discussions entre la direction générale et les délégués de personnel portant sur les mesures à prendre pour sauvegarder les deux unités de transformation, ont abouti à une solution qui est loin d'être satisfaisante : le projet de compresser une cinquantaine de salariés plutôt que de procéder à une diminution de près de 50 % des salaires. L'effectif total, actuellement de 150 employés, devrait donc être ramené à 100 salariés.