Depuis plusieurs mois, des tensions inflationnistes rythment le marché du sucre, alors même que la qualité des produits est loin de satisfaire les attentes des consommateurs.
Difficile de croire que le sucre, en poudre ou en morceaux, fait partie des produits dont le prix est soumis à homologation préalable, tant il est vrai que sur le marché, les prix de cette denrée très prisée varient d'une boutique à l'autre. Au seul marché de Mvog-Mbi à Yaoundé, le paquet d'un kilogramme de sucre se vend tantôt à 650 ; 700 ; 800 ; voire 850 F CFA. Dans les autres marchés de la capitale, les grandes surfaces et les échoppes ouvertes dans les quartiers, le même écart au niveau des prix existe pour les mêmes quantités de produit. Naturellement, les consommateurs ne cessent de crier leur mécontentement. Car la hausse des prix du sucre (le produit coûtait 650 F CFA il y a un an) ne s'est pas accompagnée d'une revalorisation du pouvoir d'achat. La note est d'autant plus salée que les consommateurs s'accordent sur le fait que la qualité du sucre aujourd'hui disponible sur le marché camerounais s'est dégradée au fil des ans. " Avant, il fallait juste deux morceaux de sucre dans une tasse de café. Aujourd'hui, il en faut plus, au moins quatre, pour être satisfait ", entend-on dire à l'unisson ici et là.
Les poussées inflationnistes observées sur le marché national du sucre sont d'abord révélatrices du déséquilibre entre l'offre et la demande. Au ministère du Commerce, on affirme que le marché est dominé par trois opérateurs. La part du lion revient à la Société sucrière du Cameroun (SOSUCAM), qui cultive la canne et la transforme en sucre. Sa production à Nkoteng et à Mbandjock est estimée à 130 000 tonnes par an. Les deux autres opérateurs basés à Douala sont des industriels, qui font uniquement dans la transformation du sucre granulé importé. Il s'agit de la Nouvelle sucrerie du Cameroun (NOSUCA), qui a une capacité de production de 10 000 tonnes, et de la Sucrerie moderne du Cameroun (SUMOCAM), dont la capacité est de 6 000 tonnes.
Si l'offre de sucre tourne autour de 146 000 tonnes, la demande, elle, est bien plus importante malgré l'absence des statistiques fiables en la matière. Toujours est-il que de source bien informée, l'on pense que le déficit de la production oscille entre 30 000 et 50 000 tonnes par an. Toutes choses qui expliquent la hausse actuelle des prix (demande forte, offre faible).
La deuxième explication de la situation actuelle vient de la SOSUCAM. Selon la même source, cette entreprise avance deux arguments. Elle soutient notamment qu'il y a évasion du sucre camerounais vers les marchés extérieurs, en particulier dans la partie septentrionale du pays où, du fait de la porosité des frontières (système de vase communicant), il y a comme une osmose entre les marchés camerounais et nigérian. Deuxième explication rapportée, il y a des opérateurs passés maîtres dans l'art de la spéculation, qui font des marges bénéficiaires indues au bout de la chaîne.
C'est sans doute pour toutes ces raisons que la mise sur le marché, le 1er décembre dernier, de 5 000 tonnes de sucre dont l'importation avait été autorisée par le gouvernement dans le contexte du Ramadan et des fêtes de fin d'année, n'a produit finalement que l'effet d'un morceau de sucre dans un océan. C'est dire qu'au jour d'aujourd'hui, les problèmes demeurent entiers. En attendant que la SOSUCAM augmente ses capacités de production, à travers l'extension des surfaces cultivées, l'importation du sucre pour une quantité équivalant au niveau du déficit apparaît comme la seule planche de salut pour les consommateurs. Dans cette perspective, des dispositions au moins provisoires devraient être prises à la douane pour favoriser les importations.