Le gouvernement a tout essayé en ce sens en confiant la commercialisation du sucre à un nombre restreint de grossistes fiables ou en augmentant la vigilance policière contre la fraude.
A mon humble avis, on ne peut pas atteindre cet objectif qu'en corrigeant la source du problème : la disparité des prix du sucre entre les marchés du Burundi et du Rwanda/Congo, et même de la Tanzanie. Voici les prix du sucre au détail dans trois pays voisins, en Dollars US : le Kilo de sucre au Burundi est vendu 0,75 USD, au Rwanda le prix est de 1,26 USD et en Tanzanie de presque 1 USD (Mars 2006). Le Burundi et son économie ne sont pas en vase clos.
Le prix de vente aux grossistes, c'est-à-dire à la source chez la Sosumo devrait être revu en hausse, de 500 FBU à 750 FBU, tandis que le prix au détail passerait à 1000 FBU : cet ajustement des prix découragerait immédiatement la fuite frauduleuse du sucre car il n'y aurait plus de motivation financière. A 750 FBU le Kg, le grossiste ne gagnerait que 40 % si le sucre traverse la frontière et il n'y aurait plus de marge de profit pour toute la chaîne de corruption pour y arriver.
Actuellement, un grossiste ou semi-grossiste, qui achète le sucre à 0,5 USD à la source chez la Sosumo, est tenté par la fraude avec un profit potentiel presque du simple au double (200%), si le sucre réussit à passer la frontière vers le Rwanda...Il y a une tentation évidente, presque insurmontable, et une marge suffisante pour financer toutes sortes de corruption et balayer la voie jusqu'à la frontière. C'est pour cette raison qu'un marché noir est imbattable, y compris par la police, tant qu'il y a un appât de gain énorme qui existe grâce aux prix ou taux de changes fixés arbitrairement par le Gouvernement pour des raisons politiques. Similairement, l'augmentation du prix au producteur du café était aussi l'unique solution pour éviter la fuite frauduleuse de ce produit vers le Rwanda, et c'est bien le même scénario qui se répète avec le sucre.
Pour le moment, cet immense différence des prix entre pays voisins tombe inévitablement dans les poches des fraudeurs qui transportent le sucre Burundais aux pays voisins : les frontières ne peuvent pas être verrouillées hermétiquement par la police, c'est physiquement impossible, et aussi on ne peut pas se battre contre les réalités du marche. La mesure récente de diminuer le prix du sucre, quoique bienvenue et nécessaire pour le pauvre citoyen, contribue inévitablement à accélérer le départ du sucre à cause des réalités du marché régional. Au contraire, après augmentation du prix du sucre, la différence des prix entre pays sera éliminée, et l'argent pourra aller directement dans les poches de la Sosumo cad les poches du Gouvernement.
Bien entendu l'augmentation du prix du sucre serait impopulaire si cette mesure n’est pas bien expliquée à la population. Quid des avantages pour cette suggestion réaliste de 1000 FBU le Kg ?
1) La SOSUMO, une entreprise d'état, sera en mesure d'engranger un immense profit qu'il pourra remettre au Gouvernement qui utilisera ce magot au bien de tous (la scolarisation, soin de santé pour tous, etc.).
2) Beaucoup de Burundais seraient en mesure d'acheter seulement trois quarts (3/4) de leur consommation habituelle du sucre qui passerait de 750 FBU le Kg à 1000 FBU le Kg, mais ce sucre sera tout au moins disponible dans les boutiques.
3) Ne vous laissez pas séduire par l'appel des commerçants de faire tomber les taxes d'importation du sucre : pourquoi importer du sucre (gaspiller nos maigres devises) et au même moment exporter le sucre frauduleusement ?
En fin de compte, même en tant que pays, on doit vivre dans les limites de nos moyens : le peuple Burundais est propriétaire d'une boutique (SOSUMO) profitable, mais on ne doit pas se servir les biens de cette boutique à crédit ou à trop bas prix....Augmenter le prix à 1000 FBU semblerait une mesure impopulaire en surface, mais au fonds, si cette mesure est bien expliquée à la population, les citoyens sont prêts à accepter leur responsabilités.
Jean Charles Nkanganyi