Congo-Kinshasa : Biocarburants, les cours chutent avec le pétrole Actualidade News Actualidad
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Le Potentiel (Kinshasa) - jeudi 5 octobre 2006

Le jeune marché des biocarburants, qui évolue généralement à l'ombre du pétrole, a finalement été atteint par le courant à la baisse qui caractérise actuellement le marché du brut. Les cours du pétrole, qui ont amorcé depuis quelques ours une chute libre après avoir dépassé le pic de 70 Usd, se négociaient mercredi autour de 58 Usd.

Depuis la mi-juin l'éthanol, le carburant vert coté sur le marché à terme américain a perdu 40% de sa valeur, rapporte RFI dans sa chronique des matières premières. Une correction directement liée au cours du pétrole, son prix évolue en général dans le sillage de celui de l'essence américaine. Effet ping-pong garanti, le rebondissement du brut observé à la fin de la semaine dernière s'est immédiatement répercuté sur l'éthanol qui a regagné quelque cents. Rien de surprenant à cela pour Hélène Morin. L'experte en énergie verte d'Agritel explique que ce marché très jeune manque de repères, le cours du brut est de fait son unique boussole.

Outre l'éthanol, les huiles promises à un bel avenir énergétique ont vu également leur prix plonger avec le baril. Pour l'huile de colza utilisée surtout en Europe et l'huile de soja courante aux Etats-Unis, les cours se sont repliés de 20%. A moyen terme, ces soubresauts ne remettent pas en cause l'essor des biocarburants, la demande mondiale va progresser de 50% dans les 4 ans qui viennent. Pour la seule Union européenne, la demande en oléagineux sera quadruplée d'ici 2013 pour parvenir aux objectifs d'incorporation fixés par la commission de Bruxelles. Mais néanmoins, à court terme, ce retournement du marché rend les investisseurs et les agriculteurs plus ou moins nerveux d'un pays à l'autre.

En France où ce marché est rentable grâce aux défiscalisations indexées sur les cours du pétrole, on espère que la prochaine loi de finances prendra en compte l'évolution du brut, sans quoi la viabilité du secteur n'est pas assurée ; en Allemagne où les carburants verts sont à nouveaux imposés, l'inquiétude est plus sensible, les raffineurs pourraient augmenter leurs achats d'huiles non européennes pour rester compétitifs. Les grands pays producteurs ne sont pas épargnés par cette nouvelle configuration.

Aux Etats-Unis la baisse de l'éthanol est supportable pour les raffineries qui utilisent du maïs, les coûts de production restant en deçà des cours de Chicago, en revanche les projets d'unité à base de betterave ou de blé ne sont plus rentables au niveau actuel des prix.

Chez le deuxième producteur mondial d'éthanol, le Brésil, la demande interne continue à être soutenue, mais certains projets basés sur les cours élevés de l'éthanol et du sucre, mettront plus longtemps à voir le jour. La marge de manoeuvre des distillateurs brésiliens est encore large, tant que le pétrole ne tombe pas en dessous du niveau des 35 dollars, l'éthanol à base de canne est profitable. Mais les industriels n'entendent pas se cantonner à l'essence verte, une nouvelle compagnie brésilienne spécialisée en bioénergie projette d'ouvrir la plus grande usine au monde de production de biodiesel à base de soja, avec en ligne de mire le marché européen.

LE PETROLE SOUS LA BARRE DE 58 USD

Les futures sur le Brent de la Mer du nord ont touché mercredi leur plus bas niveau de l'année, se traitant à moins de 58 Usd le baril, victime des prévisions de nouvelle croissance des stocks américains, indique une dépêche de Reuters.

Le contrat de novembre cédait en début de journée 1,11% à un plancher de 57,78 Usd. Il est ainsi au plus bas depuis le 30 décembre 2005. Les analystes prévoient une diminution de 500.000 barils des stocks de brut américains mais une hausse de 1,5 million de barils des stocks de distillats et de 700.000 barils des stocks d'essence.

« Le marché est d'humeur baissière en ce moment. La situation avec l'Iran semble s'être bien calmée, les stocks, particulièrement ceux de produits distillés aux Etats-Unis, paraissent abondants, et la saison cyclonique est très peu active », observe Bruce Evers, analyste à la banque Investec. Les cours franchissent de nombreux seuils techniques à la baisse et les fonds d'investissement, qui avaient récemment placé leur argent sur le marché énergétique, « commencent à paniquer » et à parler d'un retour à 50 Usd le baril, explique-t-il.

Depuis quelque temps, les investisseurs sont rassurés par le net renflouement des stocks de pétrole aux Etats-Unis, alors même que la croissance économique - et avec elle la demande pétrolière - y montre des signes de ralentissement. Ils attendent d'ailleurs de nouvelles hausses des stocks dans le rapport hebdomadaire qui sera publié mercredi par le département américain de l'Energie (DoE).

Les analystes anticipent notamment une hausse de 1,5 million de barils des stocks de produits distillés, qui comprennent le fioul de chauffage et sont à ce titre capitaux pour l'hiver. Ces réserves sont déjà à leur plus haut niveau depuis près de huit ans.

En cas de progression supérieure aux attentes de ces stocks, les cours pourraient accélérer leur mouvement de repli mercredi, selon les analystes.

Vendredi, deux pays membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), le Venezuela et le Nigeria, ont décidé de réduire leur production de brut de 170.000 barils par jour au total, pour tenter de faire rebondir les prix. Ces réductions ont eu peu d'impact sur les cours, car elles ne représentent que 0,6% de la production réelle des onze membres de l'Opep, qui était de 29,8 millions de barils par jour en août, selon les chiffres fournis par le cartel.

Mais selon des analystes, le président de l'Opep, le Nigérian Edmund Daukoru, a appelé mardi d'autres pays du cartel à réduire leur production afin d'enrayer la chute de 25% (près de 20 Usd) du prix du baril depuis les records historiques de l'été.

GENERALITES SUR LES BIOCARBURANTS

Les biocarburants sont connus depuis les débuts de l'industrie automobile. En effet, Nikolaus Otto, l'inventeur du moteur à explosion avait conçu son invention pour utiliser de l'éthanol ; tandis que Rudolf Diesel, l'inventeur du moteur à combustion, faisait tourner ses machines à l'huile d'arachide. La Ford T (produite entre 1903 et 1926) roulait à l'éthanol. Ensuite, le pétrole que l'on commençait à extraire, depuis le milieu du XIXe siècle, de plus en plus profondément grâce au forage devint bon marché, et les consommateurs et industriels se détournèrent des biocarburants.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les Allemands qui devaient faire face à des pénuries de carburants utilisèrent un procédé pour fabriquer un équivalent du pétrole à partir du charbon. Avec le premier et second choc pétrolier (1973 et 1979), les autorités publiques, et les milieux académiques s'intéressèrent davantage aux biocarburants.

De nombreuses études furent ainsi menées à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Mais, avec le contre-choc pétrolier de 1986 (baisse des prix de l'or noir), l'enthousiasme pour les biocarburants retomba. Finalement, au début et milieu des années 2000, avec la nouvelle hausse du prix du baril de pétrole, et la crainte du pic pétrolier, la volonté de lutter contre l'effet de serre, et avec les craintes sur la stabilité de certains pays producteurs, les gouvernements multiplièrent les discours et aides pour le secteur des biocarburants. Par exemple, George Bush dans son discours de l'union de janvier 2006, a déclaré qu'il voulait que son pays se passe de 75% du pétrole issue du Proche-Orient pour 2025. La commission européenne, quant à elle, veut que les pays membres incluent au moins 5,75% de biocarburants.

Les plus grands producteurs de biocarburants du monde sont les États-Unis pour le biodiesel. Pour le bioéthanol, les deux plus grands producteurs sont les États-Unis et le Brésil avec 16 et 15,5 milliards de litres produits en 2005, alors que l'Union européenne n'a produit que 900 millions de litres (le principal producteur est l'Espagne).

Les biocarburants ne peuvent pas être considérés comme une solution à long terme. Leur développement restera probablement limité. En effet, il a été estimé que sur la base des consommations de 2004, il faudrait des surfaces de production couvrant six fois la surface terrestre si l'on voulait remplacer tous les carburants fossiles par des biocarburants. Par ailleurs, de nouveaux problèmes écologiques apparaissent. Les surfaces agricoles dédiées à la production de biocarburants ne remplacent pas l'agriculture existante mais empiètent sur les espaces naturels, et notamment la forêt, particulièrement dans les pays de l'hémisphère sud.