Congo-Kinshasa : Sucre, le marché pris en otage par les géants asiatiques Actualidade News Actualidad
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Le potentiel - jeudi 26 avril 2007

En 2002, l'Union européenne tentait à travers sa Politique agricole commune (PAC) de bousculer la donne sur certains marchés mondiaux des produits agricoles.

Le vent n'avait pas épargné le marché du sucre. C'est auprès de l'OMC que le différend commercial né de la PAC a pu trouver solution. Aujourd'hui, c'est de l'Asie que s'annoncent des perturbations susceptibles de secouer le marché mondial du sucre. La bataille s'annonce rude en raison de la grande percée économique des pays asiatiques.

Entre les paysans indiens qui se

sont mis à produire de la canne à outrance et les jeunes yuppies chinois qui consomment nettement moins de douceurs que ce que laissait supposer la hausse de leur pouvoir d'achat, le marché du sucre y perd son latin : comme sur les autres marchés de matières premières les géants de l'Asie jouent les trublions dans le commerce du sucre, là où on ne les attendait pas. Si les cours ont été divisés par deux depuis le plus haut atteint en février 2006, c'est surtout parce que la bulle de l'éthanol s'est évaporée pour se reformer sur le marché du maïs.

Cette semaine, à New York, les cours sont retombés au niveau de juillet 2005, à 9 cents 42 la livre. Faisant enfler les cours, les promesses de l'éthanol ont regonflé à bloc les producteurs qui du coup proposent cette année une offre en excédent de 8 millions de tonnes par rapport à la demande mondiale, alors que le marché était en déficit de 5 millions de tonnes la campagne précédente.

L'embellie indienne surprend

L'augmentation de la production du champion brésilien qui domine également la production d'éthanol à base de canne n'est pas une surprise, en revanche l'embellie indienne surprend. En trois ans, la production indienne a doublé, elle doit atteindre cette année 28 millions de tonnes. Un négociant européen s'attend encore à une excellente campagne indienne en 2007/ 2008 puis à un repli très net de la production consécutive à la baisse actuelle des cours. L'autre géant de l'Asie, la Chine dont la voracité en matières premières est devenue légendaire a aussi déjoué tous les pronostics. Non seulement sa production a été supérieure à ce qu'on attendait, mais surtout sa demande n'a pas été à la hauteur des prévisions.

La consommation individuelle, c'est-à-dire le morceau de sucre ajouté au thé par exemple n'y est pas pour grand-chose, mais c'est l'attitude de l'industrie qui a été décisive : sensibles au coût de production les limonadiers chinois ont délaissé le sucre bien trop cher à leur goût, ils lui ont préféré le sirop riche en fructose issu du maïs pour leurs boissons gazeuses ou bien la saccharine que produit encore la Chine alors que la substance cancérigène a été bannie dans de nombreux pays. Du coup les achats chinois qui complètent les importations fixes de sucre cubain n'ont pas été à la hauteur des espérances des pays exportateurs. Là encore la situation n'est pas figée, la bulle éthanol étant transférée sur le maïs, les industriels chinois vont sans doute revenir bientôt au sucre si peu cher actuellement sur le marché mondial.

Jusqu'à maintenant, l'Organisation commune de marché (OCM) du sucre avait été épargnée par les réformes de la Politique agricole commune (PAC) de l'Union européenne (UE), celles de 1992, 2000 et 2003. Mais les choses vont changer. En l'occurrence, après divers scénarios faits par la Commission européenne quant à la manière de réformer ce secteur, notamment en vue de répondre à des pressions émanant de pays comme le Brésil, la Chine ou l'Australie, ainsi que de plusieurs institutions (Cour des comptes européenne, Cour de justice ), les ministres de l'agriculture de l'UE ont tranché le 24 novembre 2005 dernier, se prononçant entre autres pour une baisse de 36 pour cent des prix intérieurs de l'UE. Cette décision, si elle se confirme, sera la source de problèmes pour les producteurs européens, ainsi que pour ceux des pays ACP (Afrique-Caraibes-Pacifique).

Panorama du secteur mondial du sucre

Aujourd'hui, les prix du sucre sur le marché mondial sont le plus souvent chroniquement déprimés, en plus d'être instables, comme c'est le cas pour les autres matières premières agricoles. A un tel niveau de prix, peu de producteurs sont en mesure de vivre décemment des fruits de leur travail. Dans une telle situation, tout en condamnant le dumping à l'exportation de sucre de l'Union européenne, ses conséquences pour d'autres filières sucrières, il est pour le moins permis de s'interroger. En l'occurrence, la tendance générale à libéraliser les marchés agricoles n'autorise plus les pouvoirs publics à réguler ces marchés en vue de garantir des prix plus stables et décents. A Hong Kong, à l'occasion de la sixième Conférence ministérielle de l'OMC, organisée du 13 au 18 décembre 2005, les organisations de producteurs agricoles de près de 45 pays ont insisté tant et plus sur cette nécessaire régulation. Malheureusement, force est de constater que leurs gouvernements ne les ont pas entendus. En 2000-2001, la production mondiale de sucre s'élevait à 130,4 millions de tonnes. Sur l'ensemble de cette production mondiale, environ 70% sont issus de la culture de la canne à sucre, principalement en provenance d'Asie, d'Amérique latine, d'Afrique et d'Océanie. La majeure partie du sucre issu de la culture de la betterave sucrière, quant à elle, provient de l'Europe (80%), l'Amérique du Nord représentant 10% de celle-ci, et l'Asie 8%. L'UE a, durant plusieurs années, occupé la première place des pays producteurs de sucre. Depuis quelques années, ce n'est plus le cas : le Brésil occupe désormais cette première place, avec 21,4 millions de tonnes pour la saison 1998-1999, contre 17,6 millions pour l'Union européenne cette année-là. Mis à part le Brésil et l'UE, les autres producteurs importants sont l'Inde (16,9 millions de tonnes en 2000), la Chine (9,7 millions de tonnes) et les Etats-Unis (7,5 millions de tonnes). Quant à la production des pays ACP, elle s'élève au total à 3,9 millions de tonnes.

En ce qui concerne le commerce international du sucre, l'lon doit souligner tout d'abord qu'il est dominé par une poignée de pays. En l'occurrence, le Brésil, l'UE, l'Australie, l'Afrique du sud et la Thaïlande comptent ensemble pour pratiquement 70 pour cent de toutes les exportations. Du côté des importateurs, la Russie, l'Indonésie, les Etats-Unis, l'UE et le Japon représentent près d'un tiers de toutes les importations de sucre. Dans le secteur mondial du sucre, l'UE est la seule à être à la fois un importateur important (de sucre brut de canne) et un grand exportateur (de sucre blanc).

Aujourd'hui, la valeur ajoutée résultant du raffinage du sucre est essentiellement perçue par les pays développés, ainsi que par quelques importants agro-exportateurs tels que le Brésil ou la Thaïlande, par exemple. En témoigne notamment le profil particulier de l'UE, tel que mentionné ci-dessus, en tant qu'important importateur, mais aussi exportateur à l'échelle mondiale.

Le régime sucre de l'UE mis sous pression

En date du 27 septembre 2002, le Brésil, la Thaïlande et l'Australie ont porté plainte, devant l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), à l'encontre des subventions que l'UE accorde pour écouler ses excédents de sucre. Cette plainte vise notamment les exportations de sucre produit de manière excédentaire au sein de l'UE (le Brésil les estime a 3,6 millions de tonnes). Mais elle porte également sur le sucre que l'UE importe des pays ACP dans le cadre d'un Régime préférentiel (le « protocole sucre »). Ce sucre est raffiné en Europe avant d'être réexporté à des prix subventionnés. Ces exportations subventionnées représentent quant à elles 1,6 million de tonnes. Bref, l'UE est ainsi mise en cause pour des pratiques de dumping à l'exportation au sens économique du terme (exportations à des prix inférieurs au coût de production).

A la suite de cette plainte, l'UE a été condamnée à mettre un terme à ses subventions aux exportations en ce qui concerne sa production sucrière excédentaire, et à diminuer celles qu'elle alloue en vue de réexporter les importations de sucre en provenance des pays ACP. Au final, cette plainte implique pour l'UE qu'elle limite sa production de sucre, et qu'elle renforce la compétitivité de son industrie sucrière.