De la canne à sucre à l'éthanol, le cercle vertueux brésilien Actualidad News Actualidade
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Le Temps - Suisse - mercredi 21 novembre 2007

REPORTAGE. Le Brésil, où les voitures roulent grâce à un mélange d'essence et d'alcool, exporte son carburant vert.

 

 

 

 

Frédéric Lelièvre
Mercredi 21 novembre 2007

 

 

 

 

Une impressionnante colonne de fumée noire s'élève dans le ciel, masquant le soleil. A l'horizon, on aperçoit une ligne de flammes hautes de plusieurs mètres. Pas de panique. Il ne s'agit que de la récolte de canne à sucre, dont les feuilles sont trop acérées pour permettre aux hommes de la couper. Alors ils la brûlent.

Dans cet autre champ de terre rouge près d'Uberlandia, une ville située à plusieurs centaines de kilomètres de São Paulo, au Brésil, quelques arbres ont survécu aux flammes. En cette fin d'après-midi, les machines ont pris le relais des « safristas » (coupeurs) qui en coupent chacun jusqu'à « 8 tonnes par jour », assure Luis Carlos Paes de Carvalho. Ce Brésilien de 54 ans, né à Berne, a fait carrière dans le sucre, mais côté salle de marché. Il a travaillé avec une des références mondiales, le controversé Marc Rich.

Celui qu'on surnomme « Lulu » (à prononcer Loulou), bien que son gabarit fasse passer le rugbyman Chabal pour un freluquet, fait le guide à la demande de la Banque Cantonale Vaudoise (BCVN.S) (BCV (BCVN.S)). L'établissement financier a emmené jusque-là plusieurs journalistes pour leur montrer la face concrète du financement du négoce des matières premières, une activité en plein essor dans l'arc lémanique.

Meilleur marché

Si la canne sert toujours à produire du sucre, les Brésiliens l'emploient désormais majoritairement pour en tirer de l'éthanol, explique Lulu. L'usine de Vale do Paranaiba, située à quelques kilomètres du champ qui fume encore, fait office de vitrine du savoir-faire local.

Le site, propriété du groupe Joao Lyra, travaille à l'échelle du pays, qui représente plus de deux cents fois la Suisse. Entrée en fonction en 2002, l'usine absorbe 400 tonnes de cannes par heure. Elle peut produire 500 tonnes de sucre raffiné par jour et 600000 litres d'éthanol, cette essence verte qui coule dans près de 80% des voitures neuves vendues au Brésil.

Dans un bruit assourdissant, la canne est lavée, broyée puis passée dans un diffuseur qui utilise de l'eau sous pression à 75 °C. La chaleur que dégagent les machines est presque insupportable.

L'« unidade » tourne jour et nuit, neuf mois sur douze au rythme des récoltes et en bonne partie avec des ouvrières, « plus fiables que les hommes », rit son directeur, Mozart Junior. Le maestro explique fièrement que la bagasse, la partie de la canne restant après l'extraction du sucre, sert de combustible. L'usine produit sa propre électricité et pourrait même en vendre. Enfin, les 230 m3 d'eau utilisés à l'heure sont pour l'essentiel recyclés. Autant d'arguments en faveur de Lulu lorsqu'il assure que le Brésil se soucie de l'environnement.

Dans les années 70, Brasilia a lancé le programme Pro-Alcool pour permettre jusqu'à 25% d'éthanol dans l'essence. Aujoud'hui, le Brésil et les Etats-Unis se disputent la place de numéro un de l'éthanol, avec près de 33% de la production mondiale chacun, selon l'agence F.O. licht. La Chine suit loin derrière avec 7,5%.

« Ici, le litre d'éthanol ne coûte que 25 cents, avance le contact de la BCV, soit deux fois moins qu'aux Etats-Unis », qui le produisent à partir du maïs. Autosuffisant en énergie, le Brésil se profile comme un exportateur de ce combustible vert qui ne pèse pour l'heure que quelques pourcentages des carburants consommés dans le monde. Début novembre, après sa visite en Suisse, le ministre des Affaires étrangères Celso Amorim déclarait au Temps que son pays préparait un label bio pour convaincre les pays du Nord que la production d'éthanol respecte tant les travailleurs que la nature.

Vendre au monde entier

Dans son bureau très climatisé à São Paulo, Marc Brandt, responsable au Brésil des activités de la SGS (SGSN.VX) liées à l'agriculture, confirme cette ambition : « 17,8 millions de m3 d'éthanol ont été produits cette année, en hausse de 11,5%. Les exportations ont progressé de 32%. » Une aubaine pour la société d'inspection et de certification car la croissance de la demande crée certains dérapages. Photos à l'appui, Marc Brandt sourit en montrant comment, il y a quelque temps, un de ses inspecteurs a découvert un réservoir trafiqué dans une usine d'alcool.

L'éthanol permet seulement de limiter l'usage des énergies fossiles, et la pollution qui les accompagne. Devant le capot ouvert de sa voiture, le chauffeur de Lulu résume ses avantages pour l'automobiliste : « Le carburant coûte moitié moins cher que l'essence tout en donnant davantage de puissance. » Seul point négatif, le moteur consomme 25% de plus. Sans compter que cette incitation à la voiture ignore les interminables bouchons qui paralysent São Paulo une bonne partie de la journée.

Dans les champs pourtant, une révolution se prépare : la mécanisation. L'industrie emploie 30000 personnes. La plupart travaillent cependant dans des conditions très pénibles. Les machines devraient limiter la pollution liée aux feux, mais réduire de 70% les besoins en main-d'œuvre. La terre des champs pourrait virer rouge sang.