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Liberation - lundi 19 novembre 2007

En baisse, le marché du sucre est amer

L’insolent boom des matières premières a ses exclus. Alors que flambe le blé, que s’enivre le lait, que se frise le cacao, le sucre, lui, colle à des plus bas prix. Il a touché le fond en juin, à 8,36 centimes la livre, et peine à atteindre, la semaine dernière, les 10 cents. En deux ans, entre 2004 et 2006, le sucre affichait pourtant un sourire de circonstance : il avait augmenté de 300 %. Passant de 5 cents à 19,73 cents la livre, un sommet. Mais depuis vingt mois « le marché est devenu baissier », résume un trader de matières premières.

Diantre, mais pourquoi cette déprime ? Un boom mondial de la sucrette face au boom de l’obésité ? Non. « Simplement parce que la planète produit plus de sucre qu’il ne s’en vend », résume Sergey Gudoshnikov, chef économiste à l’organisation international du sucre (ISO), basée à Londres. L’année 2006-2007 a ainsi affiché une surproduction de 11,045 millions de tonnes. La très discrète ISO estimait vendredi que la campagne d’octobre 2007 à septembre 2008 se solderait par le même excédent de production : 11,139 millions de tonnes.

Principale raison du surplus sucrier : l’Inde, dont la production a doublé en deux ans. La pays devrait produire 33,15 millions de tonnes la saison à venir et dépasser le Brésil, jusqu’alors premier producteur mondial avec 32 millions de tonnes. « Le gouvernement a multiplié les subventions pour encourager les paysans à planter de la canne. Mais malgré cela, le prix de production est aujourd’hui supérieur au prix du marché », note Gudoshnikov. Le marché local sature et l’engorgement gagne le marché international. Un peu comme lorsque le Vietnam avait inondé le monde de café.

Mais pourquoi alors que le pétrole frise les 100 dollars, l’hystérie en cours pour l’éthanol ne profite pas au sucre ? « Parce qu’il faut une industrie, des infrastructures pour absorber le surplus de sucre, et que seul le Brésil s’en est doté d’une », répond Gudoshnikov. Et encore faudrait-il, par exemple, que l’Union européenne, qui entend dénoncer le protocole sucre qui accorde des tarifs spéciaux aux 78 pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), ne fasse pas la « sourde oreille », comme le fustigent ces derniers… « Bruxelles n’offre aucune compensation pour que les pays diversifient leur production », dit Thierry Kesteloot, de l’ONG Oxfam Belgique. Et pousser au développement des biocarburants présente d’autres risques. De sécurité alimentaire. Ou d’atteintes à l’environnement.