Ile Maurice : Les petits planteurs s'organisent face à la baisse de prix du sucre Actualidade News Actualidad
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L’Express de Saint Louis - jeudi 1er février 2007

Pour survivre, les petits agriculteurs doivent s'unir. Certains ont déjà débuté. Ce qui leur permettra de réduire leurs coûts d'opération et d'améliorer leur productivité. Le projet a été lancé hier dans le Nord.

Se regrouper pour survivre. La communauté des petits planteurs de canne vit des moments difficiles en raison des baisses de recettes drastiques en vue. Le plan de réforme sucrière préconise le regroupement des agriculteurs pour qu'ils puissent garder la tête hors de l'eau. Le projet a été officiellement lancé hier pour la région nord.

Les autorités agricoles avaient donné rendez-vous aux planteurs des villages du Nord au Farmers Service Centre de Goodlands pour une campagne d'explication sur le programme de regroupement. Le ministre de l'Agro-industrie, Arvin Boolell, a décidé de placer très haut les enjeux dans son message aux planteurs : c'est une question de vie ou de mort pour cette communauté.

Les planteurs pourront réduire leurs coûts d'opération et améliorer leur productivité s'ils acceptent de se regrouper et de partager les coûts de certaines opérations critiques telles que l'épierrage, la mécanisation des récoltes, la préparation des terres, la plantation de nouvelles variétés de canne, l'irrigation et le transport, entre autres. Ces facilités seront, par ailleurs, subventionnées par l'Etat à partir des enveloppes financières consenties par l'Union européenne (UE) dans le cadre des mesures d'accompagnement de la réforme du régime sucrier.

Burrun Luchmeenarain, un planteur qui exploite une quinzaine d'arpents de terre dans différents endroits du Nord, bénéficie déjà de ce programme. L'épierrage et la préparation de ses champs situés à Belle-Vue lui ont coûté environ Rs 12 000 par arpent (payables sur sept ans), alors qu'auparavant il devait débourser Rs 30 000 pour ces travaux sur la même superficie. "C'est un projet qui nous est très favorable. Je fais partie d'une zone regroupant 23 planteurs. Nous occupons ensemble quelque 50 arpents de cannes", indique-t-il.

Entre 50 et 60 tonnes de cannes à l'arpent

L'épierrage va rendre les terrains plus accommodables à la mécanisation des récoltes qui, de l'avis de plus d'un, est la seule réponse viable à la rareté et à la cherté de la main-d'oeuvre. "La main-d'oeuvre est un grand problème pour les planteurs. La mécanisation dans le cadre d'un regroupement nous aidera beaucoup", déclare Ghanchian Indarmun, un autre exploitant qui souhaite se joindre à ce projet.

L'objectif est de faire baisser les coûts d'opération de 20 % et améliorer le rendement des cultures par un pourcentage similaire. Ces gains en efficience et en productivité devraient pouvoir permettre aux petits planteurs d'absorber les manques à gagner suivant les baisses de prix du sucre écoulé sur le marché européen : 5 % en 2007, 17 % en 2008 et 36 % à partir de 2009.

Beaucoup de planteurs espèrent pouvoir produire plus et à moindre coût grâce à la nouvelle politique. "Si nous arrivons à produire entre 50 et 60 tonnes de cannes à l'arpent, nous allons pouvoir rentrer dans nos frais même avec la baisse de 36 %. Actuellement, nous produisons en moyenne 30 tonnes de cannes. Grâce au regroupement, nous espérons pouvoir augmenter la récolte", dit Jugdish Jeeratun, un agriculteur de Fond-du-Sac.

Une question de survie

Toutefois, il fait comprendre que le regroupement sera une réussite seulement si certaines conditions de base sont réunies. "Il faut que tous les planteurs concernés s'occupent de leurs champs convenablement."

Le ministre Arvin Boolell maintient, lui, qu'il n'y a pas d'autres solutions que de se regrouper face aux dangers qui guettent l'industrie. "Si nous ne faisons rien d'ici 2009, ce sera la mort des petits planteurs."

Pour le ministre, les petits planteurs devront être partie prenante de la réorientation de l'industrie en une activité de la canne. Il indique que la politique du gouvernement est de faire profiter à la communauté des planteurs des projets de production de l'énergie, de la fabrication de l'éthanol et autres activités dans le cluster canne à sucre.

Le ministre a affirmé que les enveloppes financières des mesures d'accompagnement de l'UE servent à soutenir les programmes destinés aux planteurs, aux travailleurs et à l'Empowerment Programme. Les groupes sucriers vont, eux, emprunter à la Banque européenne d'investissement à des taux bonifiés pour financer la restructuration et la réorientation de l'industrie.

Le programme vise à rehausser, d'ici 2015, la viabilité de 20 000 hectares (dont 8 000 hectares sont sur des topographies difficiles) de terre sous culture de canne. Pour beaucoup, c'est la seule voie pour survivre. Toutefois, il y a aussi ceux qui ne croient pas dans le projet. "Le regroupement ne m'intéresse pas. Je préfère m'occuper de mes champs à ma manière. Toute ma famille y est engagée. Personne d'autre ne pourra faire le travail mieux que nous", lance Jugdut Ramkelawan, un autre planteur de Fond-du-Sac. "Si je me joins à ce projet, je ne pourrais pas m'adonner à la culture des légumes."