L'éthanol contre l'éthanol ? Actualidade News Actualidad
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Le monde - samedi 17 février 2007

L''Union européenne comme les Etats-Unis ou le Brésil veulent que les biocarburants entrent pour une plus grande part dans leurs carburants - jusqu'à 85 % pour l'éthanol.

Cette vogue a un effet pervers : elle fait monter le prix des céréales, qui voient s'ouvrir un débouché très rémunérateur à côté de l'alimentation animale et humaine. Le prix du maïs a doublé en quatre mois à Chicago. Celui du blé a progressé de quelque 50 % en Europe. Le cours du soja est aspiré à leur suite, etc.

Le problème est que, au moment où se valorisaient les matières premières dont on tire l'éthanol, le prix du pétrole est redescendu entre 50 et 60 dollars par baril, niveau où l'éthanol - même subventionné - n'équilibre pas ses comptes. Pris en tenaille entre ses coûts et le marché, le biocarburant ne risque-t-il pas de perdre une pertinence que certains lui dénient depuis longtemps ?

"Non, répond Alain d'Anselme, président du Syndicat français des producteurs d'alcool agricole (SNPAA). Le pétrole est orienté à long terme à la hausse pour cause d'épuisement inévitable des ressources fossiles. Les prix des végétaux, eux, n'augmenteront pas dans de telles proportions, car la ressource agricole possède des gisements de productivité extraordinaires et les végétaux sont substituables les uns aux autres, depuis le maïs, le blé, l'orge, le seigle, la betterave, jusqu'à la biomasse."

Analyste chargé des matières premières de la société de gestion Schroders, à Londres, Rodolphe Roche croit, lui aussi, que l'effet de ciseau ne jouera pas contre l'éthanol. Certes, le bilan de celui-ci ne peut supporter la comparaison avec le pétrole, mais "il faut voir plus loin que les prix, dit-il. Toutes tendances politiques confondues, les Américains veulent reconquérir une indépendance énergétique. Ensuite, l'éthanol est une superbe façon de subventionner leur agriculture au moment où les négociations à l'Organisation mondiale du commerce risquent de les obliger à baisser les aides à leurs agriculteurs. Le biocarburant leur permet, enfin, de se faire passer pour des écologistes, alors qu'ils n'ont pas signé le protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre".

"Je ne me prononce pas sur le fond, conclut-il, mais, en tant qu'investisseurs, nous devons renforcer le maïs dans notre bilan, parce que la machine américaine est lancée et qu'on n'arrêtera pas sa course aux biocarburants."

Dans son discours sur l'état de l'Union du 24 janvier, le président Bush a appelé ses compatriotes à réduire de 20 % leur consommation de pétrole d'ici à 2017. Pour appuyer cet effort gigantesque sur dix ans, 1,6 milliard de dollars serait consacré à la recherche dans les énergies renouvelables. Une mise de fonds qui crédibilise tous les discours.

Alain Faujas