Pour pallier son déficit en sucre et stopper l’inflation des prix qu’il provoque sur le marché domestique, le Pakistan doit en importer un million de tonnes.
Un gros effort financier vu les prix sur le marché mondial. Alors pour couvrir au plus vite les besoins immédiats de la population à moindre coût, le gouvernement envisage pour la première fois depuis cinq ans de s’approvisionner chez son ennemi juré, son voisin indien. Le Bureau du Commerce pakistanais a été chargé d’acheter 50 000 tonnes de sucre blanc, un volume encore modeste mais qui réjouit déjà les exportateurs du sous-continent, car depuis septembre 2000, le commerce du sucre est rompu entre les deux pays.
Le Pakistan avait suspendu ses importations, officiellement parce qu’on trouvait que la production indienne, trop bon marché, mettait en danger l’industrie sucrière pakistanaise, une décision en fait surtout motivée à l’époque par le refroidissement des relations entre ces ennemis historiques. Mais la donne diplomatique a changé, le dialogue a repris en 2004 et le tremblement de terre au Cachemire a accéléré la réouverture des frontières. Depuis le mois d’août, l’interdiction des importations sur le sucre indien a été levée et depuis, quelques milliers de tonnes ont été livrées par cargo. Pour l’Inde cette réactivation des échanges est une aubaine car si les prix sont au plus haut sur le marché mondial, à l’intérieur du pays, ils sont trop bas pour les planteurs, un paradoxe dû à la gestion très particulière de ce marché. Alors que l’industrie est sur la côte, les stocks se trouvent à l’intérieur du pays, ce qui génère des frais de transport supplémentaires qui pénalisent les producteurs.
D’après les agriculteurs de l’Uttar Pradesh, le prix actuel établi par un organisme officiel ne couvre pas les coûts de production, ils sont donc descendus dans la rue pour exiger une révision à la hausse des tarifs pratiqués. Côté pakistanais, la reprise de ces échanges est surtout perçue comme un soulagement en termes financiers, car vu les distances entre les deux pays, le fret est plus léger que pour les contrats passés avec l’Australie, la Thaïlande ou le Brésil. Enfin, le sucre pourrait être le précurseur d’un retour à la normale dans le commerce entre les deux pays, ce que préparent entre autre les producteurs de thé. Là encore, les deux parties seraient gagnantes, l’industrie indienne malmenée par la chute des cours mondiaux pourrait trouver un nouveau souffle et les Pakistanais l’occasion de faire des économies sur les frais élevés du fret qu’ils doivent acquitter pour leurs achats de thé en provenance du Kenya.