Le premier groupe sucrier brésilien épinglé pour esclavagisme Actualidade News Actualidad
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RFI - lundi 11 janvier 2010

Rififi dans les plantations brésiliennes de canne. Cosan, le premier groupe sucrier du pays a été placé sur liste noire pour comportement esclavagiste.

On reproche à Cosan d’avoir sous-traité la coupe de la canne à une tierce compagnie pas très regardante sur les conditions de travail et de rémunération. Bien souvent ces travailleurs intérimaires sont littéralement exportés du Nordeste, ils travaillent pour des salaires de misère dans des conditions de vie proche de l’esclavage. Pour ces faits qui remontent à 2007 Cosan a été placé en décembre sur la liste noire révisée tous les six mois par les autorités brésiliennes.
 
Une étiquette qui se révèle coûteuse. Son titre a chuté à la bourse de Sao Paulo comme à celle de New York suite au communiqué de la BNDES , la banque publique brésilienne, annonçant la suspension de toutes les transactions à titre préventif. Le mois dernier une autre opération coup de poing a secoué le monde des planteurs brésiliens. Une inspection surprise de la police fédérale a mis en accusation le français Dreyfus pour des motifs similaires. Gênant pour une compagnie devenue depuis peu le deuxième groupe sucrier du pays. La justice comme le gouvernement brésilien font savoir qu’ils entendent en finir avec des pratiques d’un autre âge. Le message est reçu cinq sur cinq dans le grand public.
 
Dans le monde sucrier, les opérateurs sont dubitatifs. D’après le négociant Denis Goncalvès, ces actions ne sont pas significatives et sans importance pour les sociétés concernées : Dreyfus n’étant pas coté en bourse, ce type de poursuite n’a pas d’impact sur sa valeur ni sur son activité puisque c’est un groupe de négoce sans relation directe avec le grand public. Quant à Cosan, selon Denis Goncalves, il est suffisamment capitalisé pour autofinancer ses opérations. Par ailleurs on voit mal les autorités brésiliennes s’attaquer de front à des sociétés si déterminantes pour l’économie nationale - le Brésil est aujourd’hui le premier exportateur au monde de sucre. Et si généreuses au moment des campagnes électorales.
 
Depuis une dizaine d’années, un mouvement bien plus efficace que celui de la justice est en œuvre pour éliminer ces pratiques : celui des machines qui envahissent les champs. Plus de la moitié de la coupe est déjà mécanisée dans l’Etat de Sao Paulo qui concentre 80% de la production de canne. D’ici 2017 toute la coupe sera probablement mécanisée. Non pas au nom de la dignité des travailleurs mais au nom de la protection de l’environnement. Car la coupe manuelle passe par le recours au brûlis. Ce procédé désastreux sur le plan écologique et sanitaire sera interdit à partir de 2017 dans l’Etat de Sao Paulo. 
 
C’est aussi une exigence commerciale qui motive les Brésiliens : pour mieux s’exporter, leur éthanol à base de canne doit présenter un bilan écologique irréprochable, c’est-à-dire sans recours à ce procédé.