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Le renouveau de la betterave confirmé mais encore fragile

Le betteravier - 851 - jeudi 1er décembre 2005

La disparition des droits de douane avait fait de la Roumanie un quasi-désert pour la betterave au profit du seul raffinage des sucres roux à raffiner importés principalement du Brésil.

Le rétablissement de droits de douane depuis 1998, avec la privatisation du secteur, et le soutien des pouvoirs publics ont relancé la production de betteraves. Un renouveau incontestable, mais encore fragile face au sucre roux. Avec sa sucrerie d’Oradea, Cristal Union y croit et obtient de bons résultats.

Pour le sucre, la Roumanie est dans une situation particulière, n’étant pas encore dans l’UE ni livrée au seul marché mondial : elle bénéficie en effet de droits de douane de 45 % sur les importations de sucre roux et de 90 % sur le sucre blanc, ce dernier arrivant donc en quantités très limitées sur le marché national.
Elle dispose d’un quota de 109 000 t de sucre de betteraves - qu’elle ne réalisera pas cette année et dont 90 000 t ont été affectées aux 4 usines roumaines qui font de la betterave - et de 329 000 t de sucre roux, soit 438 00 t pour une consommation oscillant entre 500 et 550 000 t. Avec ses 9 sucreries actuelles, la Roumanie se profile donc comme une future importatrice de sucre blanc.
Alors que la betterave avait quasiment disparu il y a deux ans en Transylvanie, c’est en 2005 la culture la plus rentable, la mévente du blé, du maïs et du lait, pour cause d’excédents, se faisant durement sentir sur les prix. La betterave revient de loin. Mais à Cristal Union, on y croit.
La sucrerie d’Oradea, créée en 1968 et détenue à 50 % par Cristal Union avec le groupe allemand Pfeifer & Langen, a ainsi été restructurée, les effectifs ont fondu (628 salariés en 2002, 332 en 2005) et les méthodes de travail n’ont plus rien à voir avec le passé.
Les résultats suivent : 70 000 t de sucre sont vendues en moyenne. On y fait la saison des betteraves (du 29 septembre au 25 décembre), mais aussi le raffinage du sucre roux et le conditionnement.
« On a réussi à relancer la production de sucre durant les deux dernières années avec l’aide du gouvernement », se félicite Etienne Genet, directeur des sucreries de Bourgogne, qui passe depuis l’an 2000 un quart de son temps professionnel en Roumanie, comme conseiller d’Alain Commissaire, directeur général de Cristal Union.

Motiver les planteurs les plus compétitifs

Il ne faut pas se fier à la rondeur souriante du bourguignon. L’efficacité est son seul objectif qui ne peut être obtenu sans ténacité ni habileté dans un contexte roumain où il ne faut jamais baisser la garde, sauf à voir revenir les mauvaises manières d’un passé…encore très présent.
Outre la restructuration d’Oradea et la fermeture de l’usine d’Arad, où ne subsiste qu’une activité de conditionnement, Etienne Genet et son équipe ont du remotiver les planteurs de betteraves. C’est-à-dire surtout les bons.
Car comme dans les autres cultures, les micro-parcelles dominaient et les planteurs allaient par milliers déverser leurs betteraves sur des “ bases ” au milieu des villages où les achats de betteraves s’effectuaient. « Le nombre de bases a été divisé par trois. Beaucoup de planteurs ont donc décroché et nous sommes passés de 20 000 planteurs il y a 5 ans à 1 800 aujourd’hui », explique Etienne Genet avant d’ajouter : « Une cinquantaine de planteurs dans les 5 ans, avec 300 à 400 ha par exploitation, c’est possible. Et c’est ce qu’on voudrait ».

Les betteraves payées 38 €/t à l’usine d’Oradea

Il n’y a pas d’interprofession betterave-sucre en Roumanie et les prix sont discutés chaque année. Le prix de la betterave est indexé sur le prix du sucre, ce dernier étant principalement dicté par le prix du sucre roux sur le marché mondial. Les planteurs signent leurs contrats en mars-avril, mais ne connaîtront donc le prix de leurs betteraves que fin novembre. Pour les meilleurs planteurs (85 t de betteraves brutes par hectare, la moyenne étant entre 60 et 65 t/ha dans le périmètre d’Oradea, les semences françaises étant fournies par Cristal Union), le prix était de 24 €/t cette année (25€/t l’an dernier) auxquels il faut ajouter une aide gouvernementale de 14 €/t. Soit un prix de 38 €/t qui n’a rien à envier aux planteurs français qui faisaient beaucoup de sucre C.
Au prix mondial avec une légère protection aux frontières pour le sucre roux, la Roumanie ne sait pas qui l’emportera dans la lutte entre la betterave et le raffinage du sucre roux. La poursuite du soutien du gouvernement sera primordiale. La réforme de l’OCM sucre n’a pas fondamentalement changé la donne. Le marché roumain du sucre est toutefois trop étroit pour les 4 groupes actuels (Agrana, loin en tête, Cristal Union, Tereos et Marquenterre avec l’usine de Ludus et l’usine de Bod, à capitaux roumains). « Il y a de la place pour deux », estime Etienne Genet. Des cessions et achats devraient intervenir prochainement. Cristal Union est à l’affût.

19 % du marché roumain

Située dans la région de Transylvanie où le niveau de vie augmente le plus en Roumanie et où les terres agricoles ont le meilleur potentiel, la sucrerie d’Oradea détenait cette année 19 % du marché roumain du sucre.
Elle travaille 3 000 t de betteraves et 600 t de sucre blanc par jour, mais pourrait augmenter sa capacité à 10 000-12 000 t/jour, selon Etienne Genet. A l’arrière de la sucrerie, il y a la partie raffinage d’où sortent 650 t de sucre roux par jour. La sucrerie sait faire toutes les sortes de sucres de la meilleure qualité et est la seule à être certifiée en Roumanie.
En Roumanie, 75 % du sucre sont destinés à l’industrie. Oradea compte développer son débouché sucre de bouche alors que de nouveaux modes de consommation apparaissent, avec le développement des grandes surfaces.Pour les 4 sucreries roumaines qui font de la betterave, Oradea a un quota de betteraves de 25 800 tonnes, contre 22 300 t pour Agrana, 24 500 t pour la sucrerie de Ludus et 14 300 t pour l’usine de Bod.