Par manque de moyens, des immigrants venus travailler dans les champs de canne à sucre de la République dominicaine vivent dans des villages improvisés où les conditions de vie sont précaires.
Les bateyes (prononcer bateille), réalité propre à la République dominicaine et à Cuba, sont des villages improvisés à proximité des champs de canne à sucre, construits sommairement par ceux qui y travaillent. Dans le cas dominicain, l’existence même des bateyes est liée à l’immigration – le plus souvent illégale – des Haïtiens. Un de ces bateyes est situé à six kilomètres à peine des célèbres plages de Puerto Plata.
L’espoir d’une vie meilleure
En République dominicaine, la coupe de la canne à sucre est généralement effectuée par des Haïtiens attirés par le niveau de vie plus élevé qui prévaut dans la moitié ouest de l’île Hispaniola. Les Dominicains, eux, préfèrent généralement rester sans emploi que de couper la canne à sucre : ce travail y est condidéré comme dégradant en République dominicaine.
Recrutés pour travailler dans les champs de canne par des chasseurs de têtes dominicains, les Haïtiens se font promettre un logis et un revenu en échange de leur travail. Ce n’est qu’une fois arrivés en République dominicaine qu’ils constatent que la réalité est tout autre. Leur maigre salaire est à peine suffisant pour assurer leur subsistance. Impossible alors pour eux de se payer un logement décent. Et souvent, ils se sont endettés pour traverser la frontière. Il leur est donc impossible de rentrer au bercail. C’est donc ainsi que naissent les bateyes.
Conditions de vie précaires
Les maisons des bateyes sont construites avec les matériaux disponibles (planches, plaques de tôle, boîtes de conserve…) et de façon assez grossière. Il n’existe pas de système de traitement des eaux ou d’électricité dans les bateyes; avoir un toit est déjà un luxe. Il n’est pas rare qu’une maison d’une seule pièce, sans électricité, sans eau courante, accueille une famille élargie d’une dizaine de personnes.
En plus de l’absence de confort matériel, les bateyes sont à la merci de
problèmes sociaux plus profonds. La sous-nutrition et la malnutrition y sont chose commune, de même que d’autres maux attribuables à une situation sans issue : prostitution, alcoolisme, toxicomanie. Le taux de prévalence du VIH peut y grimper jusqu’à 13 %, alors que la moyenne nationale n’est que de 1 %.
La pauvreté matérielle, et aussi très souvent intellectuelle, qui découle de telles conditions de vie dans les bateyes affecte la dignité de leurs habitants. L’immigration massive d’Haïtiens est à l’origine d’un type de discrimination sociale fondée sur la couleur de la peau : la piel blanca (blanche), la piel morena (couleur café) et la piel negra (très foncée). Plus la peau est pâle, plus on a de la valeur.
En 2006, l’organisme Amnistie internationale s’est penché sur la question des bateyes et de leurs habitants. Il a enjoint l’administration dominicaine de prendre des mesures visant la protection des travailleurs de la canne à sucre.