Le roi du sucre français à l'assaut du Brésil Actualidade News Actualidad
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Le Figaro - vendredi 15 décembre 2006

Fort de la croissance des biocarburants brésiliens, le groupe Tereos envisage de doubler le périmètre de sa filiale Guarani d'ici à trois ans. Il est pour l'instant le seul groupe européen bien implanté au pays de l'éthanol.

SON VISAGE jovial trahit son âge. À 28 ans, Alexis Duval est à la tête du troisième opérateur brésilien d'éthanol, le groupe Guarani, filiale du premier sucrier français Tereos (propriétaire de Béghin Say depuis 2003). Cela fait six ans que ce jeune patron surfe sur la vague brésilienne des biocarburants. Tereos est le seul groupe français à avoir parié si tôt sur le succès du pétrole vert brésilien. « Nous avons senti le vent tourner dès 1999. À cette date, nous avions compris que les règles imposées par l'OMC entraveraient l'export de la betterave française. Il nous fallait trouver d'autres débouchés », explique Philippe Duval, père d'Alexis et président du directoire de Tereos.

Un voyage d'étude suffit à le convaincre d'investir dans le pays de la cachaça. La canne à sucre présente d'énormes avantages : elle ne se replante que tous les six ans, elle est exploitable 200 jours par an contre 100 pour la betterave et en plus du sucre et de l'éthanol, la bagasse (résidu de la canne) permet de produire de l'électricité. Prudent, Tereos noue d'abord un partenariat avec Cosan, le leader brésilien, puis procède par acquisitions de groupes familiaux. Le ticket d'entrée n'est pas cher, et surtout la croissance du marché de l'éthanol permet un retour sur investissement digne des start-up de la nouvelle technologie.
Cotation à la Bourse de Sao Paulo

Six ans après avoir investi le premier real, Guarani enregistre un chiffre d'affaires de 300 millions d'euros pour un taux de rentabilité de 25 %. « La croissance de nos activités nous a permis jusqu'à présent d'auto­financer nos développements », explique Alexis Duval. Mais Guarani veut passer à la vitesse supérieure. En 2001, la société produisait 3 millions de tonnes de cannes à sucre, aujourd'hui elle en traite 7 millions et prévoit de commercialiser 9 à 10 millions de tonnes d'ici à deux ans et 20 millions dans cinq ans. « À cette date, la filiale brésilienne pèsera plus lourd que la maison mère française », avance Philippe Duval. Les trois usines ne suffisent plus, Guarani en construit deux nouvelles. « Tout le monde construit des usines au ­Brésil. D'ici à 2010, il y en aura cent de plus qu'aujourd'hui. La construction de sites industriels est en flux tendu. Les carnets de commande des équipementiers sont pleins. Les délais sont plus longs et peuvent à ­terme être un frein à la croissance », souligne Alexis Duval, en montrant un nouveau hangar de stockage du sucre aussi grand qu'un terrain de football.

Pour participer à cette conquête du pétrole vert, l'autofinancement ne suffit plus. Guarani a évalué à 200 millions de dollars ses besoins de financement dans les deux prochaines années. « Nous envisageons d'introduire 25 % de son capital en Bourse, sur le marché de Sao Paulo », révèle Philippe Duval. Un mandat a été confié à la banque suisse UBS qui est chargée de cette introduction.

À ce jour, Tereos est encore le seul européen à avoir franchi l'Atlantique. Mais l'appétit des investisseurs se précise. Le sucrier Saint Louis, propriété de l'allemand Südzucker, disposerait d'une petite équipe au Brésil chargée de repérer les acquisitions possibles. « Le ticket d'entrée est plus cher aujourd'hui », précise Alexis Duval. Les opportunités existent, car le marché de la canne à sucre est encore très morcelé. Les entreprises sont à majorité la propriété de familles. Mais les investisseurs sont souvent rebutés par la complexité des montages juridiques mis en place pour contourner le régime fiscal brésilien. Le groupe américain Cargill a ainsi renoncé cette année à racheter une ­société après avoir découvert des arriérés fiscaux ­importants.