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Le monde - vendredi 6 juin 2008

Les agrocarburants injustement mis en cause

Dans le débat sur l'envolée des prix des produits alimentaires (celle-ci affecte particulièrement les pays pauvres, où l'alimentation représente jusqu'à 50 % des dépenses des ménages), les agrocarburants se révèlent de faciles boucs émissaires. Mais les facteurs déterminants sont à chercher plutôt du côté des protectionnismes et d'une création monétaire excessive.

L'effort américain en faveur des agrocarburants a certes détourné du marché mondial un certain volume de céréales. Toutefois, la plupart des terres qui ont été consacrées à la production de maïs pour fabriquer de l'éthanol étaient auparavant en jachère. Et aujourd'hui, les subventions locales en faveur de ces agrocarburants ne permettent pas de produire de l'éthanol efficacement. Leur impact sur la hausse des cours des céréales est donc marginal.

En dehors des Etats-Unis et de l'Union européenne (UE), les programmes d'agrocarburants sont de fait sans effet sur la faim dans le monde. Le Brésil, lui, en produit efficacement à partir du sucre de canne, qui n'est pas un aliment majeur. Certes, si les Etats-Unis supprimaient les taxes sur les importations de sucre de canne, l'utilisation de cette culture pour la production d'agrocarburants augmenterait, ce qui améliorerait le niveau de vie des populations pauvres des pays tropicaux. Mais cela aurait peu d'influence sur la production alimentaire.

 

SUBVENTIONS

 

Les plus grands obstacles à l'équilibre alimentaire sont traditionnels. Etats-Unis, Union européenne et Japon subventionnent leurs productions agricoles, taxent les importations et abaissent les prix auxquels peuvent prétendre les producteurs des pays pauvres. Et ce protectionnisme alimente directement l'inflation des prix alimentaires. Les pays exportateurs de riz qui interdisent les exportations provoquent une flambée des cours et des pénuries. Les gouvernements comme l'Argentine, qui taxent les exportations de céréales et de viande, poussent aussi les prix mondiaux à la hausse.

Enfin, si la création monétaire est excessive et les taux d'intérêt réels (hors inflation) à zéro, la consommation peut être artificiellement bien supérieure à la production. Cela est particulièrement vrai dans le domaine de l'énergie et des matières premières où il faut du temps pour accroître la production.