Position sucre ethique année 2008 agrocarburants versus aliments
Le sucre à travers le monde →

Des craintes sur la durabilité des agrocarburants aux explications sur la flambée des prix des denrées alimentaires

Notre ONG active depuis 2003 dans le secteur sucre-agrocarburants a comme vocation d’améliorer les conditions sociales de la population liée à la canne à sucre et par extension aux agrocarburants et à la cogénération d’énergies.

 

Le rapport 2008 d’Amnesty international a souligné les « conditions de travail proches de l’exploitation » concernant les coupeurs de canne au Brésil[1], ainsi que des cas de travaux forçés qui, même si ceux-ci sont marginales dans la profession, montrent que les tensions sociales sont très fortes.

L’extension des plantations de la canne et sa mécanisation nous fait craindre un impact social désastreux si ceci n’est pas accompagné de réelles politiques de formation et de reconversion.

Nous attirons notamment l’attention des parties prenantes sur le futur des populations indigènes Guarani au Brésil et Afar en Ethiopie qui voient leur conditions de vie se dégrader rapidement du fait de la mécanisation par notamment des multinationales d’origine européennes et du non respect des coutumes de transhumances du fait de l’implantions d’immenses propriétés de monoculture de la canne soutenu par des investissements étrangers[2]. Cette crainte est partagée par le forum permanent de l’ONU sur les peuples indigènes.

 Concernant la pression des agrocarburants sur les prix des denrées alimentaires, nous estimons que ceux-ci sont peu responsables directement et rejoignons par la même occasion l’analyse du Cirad – centre international de recherche en agronomie et développement : « Ce ne sont pas les volumes actuels de produits agricoles destinés aux agrocarburants qui expliquent la hausse des prix, sauf localement chez les fournisseurs de maïs des Etats-Unis, principaux producteurs de ces carburants. D’après les estimations d’Agrimonde, projet de prospective mené par le Cirad et l’Inra, sur le total des calories végétales produites dans le monde, moins de 5 % sont destinées aux usages non alimentaires dont font partie les agrocarburants »[3] Cependant, nous considérons que les investissements spéculatifs liés aux agrocarburants d’une part et la pression foncière d’autre part sont des tendances haussières incontestables en terme de prix des denrées alimentaire. Les banques internationales, notamment européennes ont donc un rôle direct dans cette spéculation qui privilégie plus les bénéfices que les hommes. Nous soutenons ainsi l’analyse de l’ONG les amis de la terre[4]. De ce fait, nous rappelons aux institutions bancaires leurs engagements des principes d’équateur[5] en terme de développement durable. 

 Notre ONG soutien fermement les initiatives en terme de production d’agrocarburants en filière courte avec comme objectif le développement durable des populations à faible revenus afin de leur permettre un développement soutenable.

Concernant la filière longue et notamment la monoculture, nous mettons en garde des conséquences évidente de sur exploitation aussi bien de l’environnement que des hommes s’une part et des conséquences de la mécanisation sur le tissu social des pays du Sud d’autre part. La monoculture a de nombreux désavantages liés aux principes même des lois du marché et entraîne forcément un appauvrissement social et environnemental. Nous estimons que la monoculture ne peut être envisageable qu’en contre partie d’une diversification la production d’aliments et d’une formation des surplus de main d’œuvre non employés.

Enfin, demander la fin du programme notamment au Brésil de la production d’éthanol est pour le moins utopique et entraînerait un désastre aussi bien économique que social.

L’origine de la hausse des prix des denrées agricole est également à rechercher dans la transformation de la consommation des pays asiatiques ainsi que dans la faiblesse du pouvoir d’achat des populations marginalisées.

Les agrocarburants ne peuvent en effet pas expliquer la hausse très forte de denrées comme le riz par exemple.

La réponse à la hausse des denrées alimentaires est donc complexe et doit passer par une modification des modes de consommation, notamment de la part des consommateurs des pays du nord et ne doivent pas se limiter à une explication se limitant aux agrocarburants qui ne restent qu’une réponse relative au réchauffement climatique.

Les parties prenantes doivent donc se concerter et notamment les entreprises et les banques qui doivent intégrer leur responsabilité en terme de développement durable.

Fait à Lyon, le 05 Juin 2008



[3] Communiqué du 17 avril 2008 - L a hausse des prix alimentaires au Sud : causes, conséquences, propositionshttp://www.cirad.fr/fr/actualite/communique.php ?id=919

 

[4] Les A mis de la terre – communiqué du 22 mai 2008 "Le financement européen de la production d'agrocarburants en Amérique latine"