La Compagnie sucrière sénégalaise se positionne dans la politique de réduction de la facture pétrolière et dans la production des biocarburants. L'éthanol qu'elle va produire dès juillet prochain, pourra aider le pays à réduire sa dépendance envers l'extérieur dans la consommation de l'énergie.
Aujourd'hui, de nouvelles perspectives s'offrent à la Compagnie sucrière du Sénégal (Css) avec l'utilisation des sous-produits du sucre. Les responsables de l'entreprise vont, dès le mois de juillet prochain, démarrer la production d'éthanol à partir du sucre. Avec cette nouvelle activité, la Css compte jouer un rôle de pionnier dans le développement et la promotion des biocarburants, dont l'Etat veut faire du Sénégal un important producteur. A Richard Toll, la distillerie est en cours de montage. Louis Lamotte, conseiller du directeur général et chargé des relations extérieures de la compagnie, le visage radieux, explique : « Nous avons installé la distillerie avec une capacité de 20 000 m3.
Pour le début, on commencera par une production de 12 000 m3 par an. Une activité de production qui peut participer d'une façon assez modeste, mais symbolique à la réduction de la facture pétrolière. Si l'éthanol entre dans les habitudes de consommation ce serait la porte ouverte pour la deuxième phase d'extension qui permettra la culture de canne à sucre sur de plus grandes superficies, ou mieux encore, voir l'éventualité de la mise en place d'une deuxième raffinerie permettant de produire de plus grandes quantités. » Pour autant, rassure le conseiller spécial du directeur général, l'activité de production du sucre ne sera pas affectée, bien au contraire.
UN BESOIN INCONNU
Pour l'heure, les besoins du marché ne sont pas encore correctement cernés. En effet, quand un produit n'est pas disponible, il est difficile d'en mesurer l'exact besoin. Dans l'absolu, l'éthanol étant un substitut à des produits aussi précieux que l'essence, le gasoil, le besoin existe potentiellement. Il faudra cependant l'évaluer avec précision. Mais, jusqu'où la structure de la consommation et les habitudes iront pour absorber cette nouvelle demande ? Pour Louis Lamotte, il faudra « apprendre aux Sénégalais qu'on peut mettre 10 voir 15 % d'éthanol dans son essence et avoir un carburant de meilleure qualité en termes de combustion ». Dès lors, Lamotte pense que les acteurs du secteur « doivent cerner cette offre et la comprendre comme une opportunité complémentaire et bénéfique pour le pays et non pas comme une offre concurrentielle ».
Par ailleurs, il faut que les exploitants des autres sources d'énergie puissent intégrer l'éthanol et en accepter le complément, qui permettra au Sénégal de se défaire de plus en plus de cette contrainte de dépendance à 100 % vis-à-vis de l'extérieur, en matière d'énergie. Dans le cas où l'éthanol ne tenterait pas les Sénégalais, M. Lamotte révèle : « Il y a une phase avant éthanol qui concerne la production d'alcool, mais nous ne souhaitons pas nous limiter à cette production d'alcool brut qui pourrait être utilisé dans les parfumeries, les brasseries, le domaine médical. Elle contribuerait de la même façon à soulager notre balance commerciale. Mais notre souhait, c'est de ne pas nous attarder sur l'alcool. » Toutefois, les responsables de la Css attendent que les autorités encouragent la consommation de cet éthanol, après avoir posé les prémices avec la création d'un ministère chargé des Biocarburants et des Energies renouvelables.
FIN DE LA DEPENDANCE ENERGETIQUE
Pour les responsables de la Css, c'est tout un symbole de voir leur entreprise produire de l'éthanol à partir des sous-produits du sucre et devenir, par la même, la première du genre en Afrique. Car, souligne Louis Lamotte, « être pionnier dans un domaine est un motif de satisfaction et de fierté ». L'autre motif de fierté tient à la fin de la « colonisation énergétique », car martèle Louis Lamotte, « on ne peut pas exister dans ce monde sans maîtriser ne serait-ce qu'un bout de ce qui vous fait vivre et l'énergie fait vivre le monde. On ne peut pas être dépendant à 100% et être sûr de sa souveraineté économique ». En effet, avec l'accroissement du cours du pétrole, le Sénégal prend des coups de partout avec comme corollaire le renchérissement du coût de la vie.
Cette nouvelle activité de production peut participer d'une façon assez significative à la réduction de la facture pétrolière du Sénégal. En effet, si l'éthanol entre dans les habitudes de consommation des Sénégalais, ce serait, de l'avis de Louis Lamotte, « la porte ouverte pour la deuxième phase d'extension qui permettra la culture de canne à sucre sur de plus grandes superficies, voire l'éventualité de la mise en place d'une deuxième raffinerie permettant de produire de plus grandes quantités ». Aujourd'hui, la mélasse, un sous-produit du sucre jadis vendue à l'étranger, ne le sera plus, car elle est à la base de la production d'éthanol. De plus, elle donne la vinasse, qui est un compost qui peut valablement remplacer l'engrais. La Css en produirait suffisamment pour compter faire des économies sur les importations d'engrais.
La Css exploite aujourd'hui 8 500 ha de canne à sucre, mais avec un programme spécial appelé « Bardial », du nom de la zone où cette production devrait se faire, son ambition est de dépasser 1 million de tonnes de canne pour atteindre une production supérieure à 100 000 tonnes de sucre raffiné.
L'année dernière, la production était estimée à 90 000 tonnes de sucre raffiné, mais cette année, l'objectif est de 100 000 tonnes de sucre raffiné pour qu'à terme, « nous plafonnons la production à 120 000 tonnes pour répondre à plus de 90% des besoins intrinsèques du marché national », promet M. Louis Lamotte. Les besoins sont toutefois fluctuants et on ne peut pas les cerner de façon claire et précise, car l'année dernière, avec la hausse des cours mondiaux du sucre, les besoins ont été estimés à 145 000 tonnes grâce à une activité « extraordinaire d'importation de 45 000 tonnes de sucre », clame Lamotte.