Depuis plus de dix ans, les commerçants courent derrière la libéralisation du sucre. Gagneront-ils le combat contre le monopole de la Css ?
Le boycott décidé hier lors d'une conférence de presse par les grossistes de ne plus acheter le sucre de la Compagnie sucrière sénégalaise (Css) risque de créer une spéculation sur le prix de cette denrée de première nécessité qui a déjà subi récemment une hausse. Pour la simple raison qu'elle se fera rare sur le marché. Et ce sont les consommateurs qui en paieront les pots cassés parce qu'ils devront encore payer cher pour se procurer du produit. Ce sera alors la première conséquence dramatique de cette mesure prise en représailles par les grands commerçants pour contraindre la Css à revoir ses prix à la baisse, c'est-à-dire ramener le prix du sucre à sa situation antérieure.
Le deuxième effet négatif du boycott des commerçants va toucher directement la Css qui verra, pour sa part, ses revenus baisser parce que les achats des grossistes se traduisent en termes de milliards de francs Cfa. Deux raisons principales ont été avancées par les grossistes pour justifier leur décision. En plus de la hausse du prix du sucre qu'ils ont fortement décriée, les grossistes mettent en avant le transport du sucre acheté à la Css dont ils ont désormais la charge. Ce qu'ils considèrent comme étant 'anormal' parce qu'il devient alors une double hausse : le sucre et le transport. Sur le premier point, les grossistes s'insurgent contre la faiblesse de la marge bénéficiaire. En effet, ils soutiennent n'avoir que 50 000 francs de bénéfice sur 13 millions 500 mille francs Cfa dépensés pour l'achat d'un camion de 27 tonnes de sucre.
S'agissant du deuxième point, les grands commerçants s'inquiètent beaucoup de la décision de la Css de se décharger du transport. Ce qu'ils considèrent comme 'inacceptable' . Ce qui constitue, pour eux, dès lors des dépenses supplémentaires qu'ils ne seront pas en mesure de supporter longtemps. Et les tarifs du transport deviennent plus cher à force que l'on s'éloigne du lieu de production. Par exemple le grossiste de Kédougou payera pour le transport du sucre acheté à la Css environ 800 mille francs alors que celui de Dakar déboursera 400 mille francs pour le transport du sucre en provenance de Richard-Toll.
A ces justifications, les grossistes ajoutent la qualité du sucre de la Css et l'emballage. Ils ne supportent pas, non plus, le fait que la Css importe du sucre qu'elle revend au prix de l'usine alors qu'elle paie des taux de douane très faibles. Pour eux, tout ceci constitue un problème dont la seule solution réside dans la libéralisation du sucre comme c'est le cas avec le riz. Me Massokhna Kane, le Président de Sos consommateurs a, pour sa part, invité le ministère du Commerce à convoquer, de nouveau, le Conseil national de la consommation (Cnc) pour amener la Css à fournir les preuves de la hausse du prix du sucre. Des propos qu'il partage avec tous les intervenants qui ont pris la parole. Parmi lesquels Serigne Dia Ndongo, secrétaire général de l'Unacois qui rappelle que le prix du sucre est passé en 1970 de 70 francs à plus de 600 F le Kg.
Depuis plus de dix ans, les commerçants courent derrière la libéralisation du sucre. Gagneront-ils le combat contre le monopole de la Css ?