LeMonde - lundi 9 juin 2008
Il y a trop de sucre. La campagne sucrière 2006-2007 s'est soldée par un excédent de 10 millions de tonnes par rapport à une production mondiale de 164 millions. Celle en cours, qui s'achèvera en septembre, est annoncée à nouveau en excédent - de 8 à 11 millions de tonnes.
Les prix du sucre ne sont donc pas bien vaillants, à la différence de ceux des autres produits agricoles. Ceux du sucre roux pour livraison en juillet se sont un peu repris à New York - à 9,97 cents par livre - bien loin du sommet de 15 cents atteint le 3 mars.
Il faut dire que deux forces contraires s'exercent sur le produit de la canne et de la betterave. Ce couple l'empêche aussi bien de couler franchement que de revenir au premier plan.
D'un côté, la cause de la dépression : l'Inde est le dernier pays à soutenir ses producteurs à l'exportation et inonde le marché, puisque l'édition 2008 de Cyclope estime que ce pays pèse 80 % de la croissance de la production de la planète. L'Inde devrait ravir au Brésil la première place mondiale, cette année.
De l'autre côté, le fauteur de hausse potentielle : Luiz Inacio Lula da Silva, le président brésilien, s'échine à défendre la réputation de l'éthanol obtenu à partir de la canne à sucre. Au sommet de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) à Rome, il a certifié aux autres chefs d'Etat, le 3 juin, que cet éthanol "n'était pas un bandit" et qu'il ne massacrait pas la forêt amazonienne, tout comme il ne réduisait pas l'offre alimentaire.
Car il n'y a pas d'ambiguïté sur la volonté du Brésil de se servir de son sucre pour faire rouler ses voitures "flexfuel". On estime que ce pays a consacré 63 % de sa canne à sucre à la fabrication de l'éthanol depuis le début de 2008.
Ainsi tirés à hue et à dia et qu'ils soient roux ou blanc, les sucres voient leurs prix hoqueter.
Mais cela pourrait ne pas durer. "Tout d'abord parce que en dessous de 12 cents la livre tout le monde perd de l'argent - les Brésiliens comme les autres -, car la hausse du prix du pétrole a renchéri les intrants et le transport du sucre", explique Philippe Soubestre, président du Syndicat national des fabricants de sucre de France. "Que les paysans indiens soient tentés par les prix élevés des céréales et les substituent à la canne à sucre, et le retournement pourrait être très fort", poursuit M. Soubestre.
Beaucoup d'analystes prédisent donc que le déficit de sucre succédera à l'excédent à la fin de la récolte 2008-2009 et que les cours du sucre roux pourraient s'en trouver propulsés à 14 cents.
De quoi redonner le goût de mettre du sucre dans leur portefeuille aux fonds qui traquent les bonnes affaires.